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Documentation >  *Introduction aux textes de référence du hok > 4 La Halakha (Rav Yits'hak Chouraqui - Jérusalem)* >
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La Halakha

Présentation générale - Rav Yits’hak Chouraqui

 

a. Introduction : Le terme Halakha désigne l’ensemble des lois, règles et prescriptions qui ordonnent la pratique de la Tora. L’origine du mot étant la racine « HaLaKH », (aller, marcher), la Halakha a été définie comme « ce qui est en marche depuis les origines jusqu’à la fin » c'est à dire du Sinaï jusqu’à nous, ou le chemin sur lequel le peuple Juif avance » (Aroukh).

 

Ce qui donne son sens à l’identité juive, au delà des principes de la foi ou des idées et pensées développées autour de la Tora, c’est la pratique des Mitsvote (commandements), et c’est la Halakha qui définit les différentes modalités de cette pratique. C’est pourquoi, contrairement aux cinq premières disciplines étudiées dans le ‘Hok-Lé-Israël*, la Halakha n’évoque pas un ouvrage particulier mais un sujet fondamental et central qui est présent dans tous les ouvrages de la tradition Juive, de la Tora écrite à la Michna*, au Talmud*, et qui après le Talmud a continué à être développé jusqu’à nos jours.

 

b. Historique : La Tora que nous avons reçu au Sinaï, dans son double aspect, écrit et oral, place au centre de son message l’ensemble des lois que sont les Mitsvote. Dès le moment où Moché redescend du Sinaï, il enseigne la Tora au peuple Juif et notamment « les lois et les doctrines… la voie qu’ils ont à suivre et la conduite qu’ils doivent tenir » (Chémote XVIII, 20). C’est le début du chemin de la Halakha. Toute cette étude est orale et complète le texte écrit de la Tora.

 

Après la mort de Moché, les Prophètes qui ont marqué l’histoire du peuple Juif sur sa terre, ont participé, en parallèle à leur fonction prophétique, à la transmission de la Halakha, de même que les Anciens et les Sages qui à la fin de l’époque prophétique (début de la période du deuxième Temple) ont transmis et développé la Halakha.

 

A cette époque fut fondée la Grande Assemblée*, composée de 120 membres, dont le rôle était d’assurer la continuité dans la transmission de la Tora. C’est elle qui fixa le Canon biblique, et qui institua les formules des bénédictions et le texte des prières. De façon plus générale, les membres de la Grande Assemblée contribuèrent aussi à l’évolution la Halakha par leurs Guézérote* et Takanote* (voir plus loin).

 

Ensuite vint l’époque des Zougote* puis des Tanaïm* jusqu’au début du 3éme siècle de l’ère commune où Rabbi Yéhouda Hanassi compila dans la Michna toutes les traditions qui l’ont précédé.

Puis à nouveau la Michna a été commentée et développée dans le Talmud (Guémara) et ainsi au début du 5éme siècle, le Talmud est déjà un monument dressé qui célèbre la tradition d’Israël dans toute sa splendeur.

La période qui suit immédiatement la période du Talmud est celle des Savoraïm. Sa principale contribution à l’évolution de la Halakha est double : à d’une part, l’organisation et la rédaction finale des passages talmudiques, à d’autre part la mise en place de principes pour déterminer la Halakha à partir du Talmud (par exemple, l’expression « Véhilkhéta » qui donne en conclusion d’un passage la décision de la Halakha).

 

La période suivante est celle des Guéonim* (589-1038). Essentiellement à Babylone, les Guéonim en tant qu’autorité supérieure du peuple Juif ont réussi à propager le Talmud de Babylone comme l’œuvre de référence pour l’ensemble du peuple Juif. Leur apport à la Halakha est considérable :

- Commentaires succincts du Talmud,

- Responsas* halakhiques vers l’ensemble des communautés juives de l’époque (en particulier les communautés d’Afrique du Nord),

- Synthèses halakhiques (Chéiltote de Rav Ahaï Gaone, Séfer Halakhote Péssoukote, Séfer Halakhote Guédolote, Séfer HaMitsvote de Rav Sa’adia Gaone…)

-  Monographies sur des sujets de Halakha précis,

-  Décrets qui influencent les règles de la Halakha jusqu’à nos jours.

 

Après les Guéonim, vient l’époque des Richonim*. Elle est marquée par la séparation du centre juif d’Espagne de celui de France et d’Allemagne, qui constituent les centres juifs sépharades et les centres juifs ashkénazes. Cette période voit une abondante littérature halakhique (commentaires du Talmud, responsas très nombreux et très larges, monographies halakhiques…), et tout particulièrement c’est l’époque qui voit de très importantes œuvres de codification de la Halakha :

 

Le Rif : Rabbi Yits’hak Alfassi, (Algérie 1013 – Espagne 1103). Pour faciliter l’étude du Talmud et de la Halakha, il rédige un condensé des passages halakhiques du Talmud qui concernent son époque, et il en donne seulement la conclusion halakhique. C’est le « Hilkhote HaRif » qui sera l’objet de nombreux commentaires. L’ouvrage suit l’ordre du Talmud.

 

Le Rambam : Rabbi Moché ben Maïmoun, Maïmonide, (Espagne 1138 - Egypte 1205). Il commence son œuvre de Halakha par le « Séfér HaMitsvote »où il classifie les 613 commandements de la Tora en 248 positifs et 365 négatifs.

 

 Il rédige ensuite le « Michné Tora », une somme de 14 volumes qui reprennent toute les lois dans tous les domaines abordés par le Talmud. Son but est de permettre à chaque Juif « d’apprendre les lois qui découlent des Mitsvote et des pratiques instituées par les Sages et les Prophètes ». Pour chacun des 14 domaines, il a répertorié les Mitsvote associées et défini les Halakhote (Lois) qui s’y rattachent, en les scindant en chapitres puis en lois élémentaires par chapitre.   

C’est l’œuvre de codification la plus magistrale que le peuple Juif ait produite dans toute l’histoire de la Halakha. C’est celle que le Rav Hida* (Rabbi Hayim David Azoulay) a retenue pour l’étude de la Halakha chaque jour dans le cadre du Seder du ‘Hok-Lé-Israël.

 

Le Roch : Rabbi Asher, (Allemagne 1250 – Espagne 1327). Son œuvre est basée en grande majorité sur les Hilkhote HaRif et donc suit l’ordre du Talmud, mais elle rapporte les conclusions halakhiques des rabbins ashkénazes ainsi que le résumé des débats autour des passages talmudiques des rabbins français qui ont suivi Rachi, les Tossafotes.

 

Rabbi Ya’acov ben Asher, le fils du Roch (Allemagne 1270 – Espagne 1343). Il rédige une compilation des lois en pratique de son temps qui évoque les opinions des différents décisionnaires, mais généralement il suit les positions de son père. D’autre part, il ordonne son livre suivant quatre sections, les « Arba’a Tourim » :

Le « Ora’h ‘Hayim » qui traite de la pratique religieuse quotidienne (prières, bénédictions, …), du Chabat et des fêtes ;

le « Yoré Dè’a » sur la Kachroute, la pureté familiale, les lois du deuil… ;

le « Evène Ha’ézèr » sur les mariages, les divorces… ;

le « ‘Hochène Michpate » sur le droit civil hébraïque.

 

Rabbi Yossef Karo (Espagne 1488 – Safed 1575). Il rédige son œuvre majeure le « Beit Yossef », qui est un commentaire exhaustif des « Arba’a Tourim » : sur chaque point de Halakha il ramène les sources, les opinions divergentes, et tranche la loi.

Son autre œuvre est le « Choul’hane ‘Aroukh » qui est le condensé du « Beit Yossef ». Rédigé à l’origine pour réviser toute la Halakha chaque mois, cette œuvre s’est rapidement imposée comme une œuvre maîtresse pour trancher la Halakha. Et cela, tant pour les communautés Séfarades qui ont accepté les décisions du « Choul’hane ‘Aroukh » (quand elles ne s’opposent pas à des usages qui lui sont antérieurs), que pour les communautés Ashkénazes après le complément du Rema* (Rabbi Moché Isserliss, 1530-1572) qui rapporte sur chaque loi du « Choul’hane ‘Aroukh » les positions des décisionnaires Ashkénazes.

Après le « Choul’hane Aroukh », nombreux sont les commentaires qui l’ont approfondi et enrichi, mais aucune œuvre ne fait autorité de façon unanime, et c’est à chaque Possek (Décisionnaire) que revient le rôle de trancher la Halakha en se fondant sur toutes les sources qui sont liées à chaque problème soulevé.

Pour ceux qui ne maîtrisent pas les fondements des sources de la Halakha certains ouvrages récents sont utilisés à titre de consultation :

 

Ainsi pour les communautés ashkénazes, le « Kitsour Choul’hane ‘Aroukh* » du Rav Chélomo Gansfried (1802-1886), le « Aroukh Hachoul’hane » du Rav Yéhiel Mikhal Halévi Epstein (1829-1908), le « Michna Béroura* » du Rav Israël Méir HaCohen (1838-1933).

Pour les communautés séfarades, aucune œuvre n’a eu la même portée que les précédentes, toutefois on peut quand même citer :

Pour les originaires d’Irak, le « Ben Ich ‘Haï* » du Rav Yossef ‘Hayim (1835-1909) et le « Kaf Ha’hayim* » du Rav Yaakov ‘Hayim Sofer (1870-1939), tous deux très influencés par la Kabala*. Un ouvrage remarquable est le « Mékor ‘Hayim » du Rav ‘Hayim David Halévy (1924-1998) car il associe la Halakha pratique et le sens spirituel de chaque sujet de Halakha. Aujourd’hui s’est beaucoup répandu le « Yalkoute Yossef* » du Rav Yits’hak Yossef qui suit les décisions du Rav Obadia Yossef.

Pour les originaires d’Afrique du Nord, il n’y a pas d’œuvre qui résume la Halakha et l’étude doit se baser directement sur le « Choul’hane Aroukh » auquel s’ajoute la tradition orale et vivante qui est parvenue jusqu’à nos jours.

 
c. Contenu : Les lois qui composent l’ensemble de la Halakha touchent à des domaines vastes et divers. Le droit civil comme le droit pénal, les lois rituelles de l’année juive comme les lois concernant les différents moments de la vie (de la naissance à la mort, Mila ou mariage, etc.), les lois concernant le statut individuel et les lois de la pureté familiale, les lois de la Kachroute* et les lois concernant les relations avec les non juifs… En fait il n’y a pas un domaine de la vie et du monde qui n’est pas l’objet de considérations de la Halakha. 
Mais quelle est la structure profonde de la Halakha ? En premier lieu, la norme supérieure et absolue de la Halakha, c’est la Tora révélée au Sinaï. De cette source première découlent différentes sortes de prescriptions.
 
On distingue généralement cinq catégories de lois qui composent la Halakha suivant leur origine (Rambam, Mavo Lépirouche Hamichna) :

 

1)      la tradition orale qui donne force à une prescription. Dans certains cas cette tradition est soutenue par le texte même de la Tora, ou au moins par une allusion à cette tradition orale dans le texte écrit. Dans d’autres cas, il n’y a aucun moyen de rattacher cette loi au texte, mais elle s’impose, même si elle n’est pas écrite dans la Tora, par le simple fait que cette loi s’est transmise de façon ininterrompue depuis Moché au Sinaï, c’est ce que l’on nomme « Halakha Lémoché Missinaï ».

2)      le Midrach, c’est à dire l’interprétation du texte biblique par les règles d’herméneutique. Cette démarche permet aux sages du Talmud d’extraire de la Tora des lois nouvelles, au delà de ce que la tradition leur a transmis.

3)      Les Guézérote et les Takanote. C’est la législation que les rabbins peuvent légiférer à chaque époque. Les « Guézérote » sont des décrets qui ont pour vocation de créer une barrière autour de la loi afin que l’on n’en vienne pas à la profaner. Les « Takanote » sont les lois qui permettent de résoudre des problèmes concrets de l’ordre social ou religieux afin de renforcer les valeurs que la Tora préconise.

4)      Les Minhaguim, c’est à dire les coutumes et usages, qui ont force de loi. Par la pratique du peuple Juif ou parfois d’une communauté peuvent se créer de nouvelles obligations, qui deviendront ensuite partie intégrante de la   Halakha.

5)      Le Ma’assé, qu’il faut comprendre de deux façons : soit une décision qui a été tranchée par un tribunal et qui constitue dorénavant un précédent (Ma’assé Beit Dine), soit la conduite d’un sage de la Halakha qui de par sa manière de vivre devient pour nous inspiration normative de notre propre conduite (Maassé Rav).

 

Une distinction majeure est établie entre les lois « Midéorayta*», qui proviennent de la Tora, et les lois qui proviennent des Sages. La classification de chaque loi dans telle ou telle catégorie n’est pas toujours simple, et a donné lieu à de nombreuses polémiques chez nos maîtres (notamment entre Maimonide et Na’hmanide*). C’est toutefois une classification de grande importance, car différentes règles régissent chacune de ces catégories. En général, on tranche avec plus de rigueur dans les lois « Midéorayta », et plus d’indulgence dans les lois « Midérabanane ».

 

Il convient de préciser l’ampleur de la Halakha relativement aux commandements de la Tora. Suivant l’opinion rapportée dans le Talmud (Makote 23b), il y a dans la Tora 613 commandements (365 interdits et 248 commandements positifs). Ce chiffre retenu par la majorité des Rabbins a donné lieu à toute une littérature qui énumère le détail de ces 613 commandements. Les œuvres les plus connues sont les Halakhote Guédolote* de Rabbi Chim’one

 Qayara (9émé siècle), le Séfer Hamitsvote* du Rambam* (12éme siècle), le Séfer Ha’hinoukh* (13éme siècle, anonyme). La Halakha quant à elle est bien plus large que les 613 commandements car elle comprend toutes les modalités et les détails de chacun de ces commandements, ainsi que toutes les lois fixées par les Rabbins et qui ne sont rattachées à aucun commandement particulier. Par exemple, les 39 travaux interdits le Chabat et tous leurs dérivés ne sont compris que dans un seul interdit, celui de ne pas faire de travail le jour du Chabat, et un seul commandement positif, celui de chômer le Chabat.

Une autre distinction importante est établie entre les notions de « Issoura » et de « Mamona » : Issoura englobe toutes les lois qui contiennent des interdits liés au droit pénal de la Tora (commandements négatifs à ne pas enfreindre ou devoir de pratiquer les commandements positifs) et aux règles qui en découlent. Mamona désigne les règles liées au droit civil de la Tora.

 

d. Méthode :

L’étude de la Halakha est le but poursuivi dans toute étude du Talmud. Toutefois la voie qui nous mène à trancher la Halakha n’est pas simple. Pour chaque problème soulevé il convient de retrouver tout ce qui a été dit à son propos dans toute la littérature rabbinique, puis de trancher entre les différentes opinions, et d’appliquer les règles théoriques au cas particulier. La méthode de la Halakha est casuistique c’est à dire qu’elle s’attache à comprendre les différents cas et à en déduire des principes généraux, mais elle revient toujours confronter le principe abstrait au cas particulier. C’est par cet attachement au concret et au cas réel que la Halakha reste une loi vivante et dynamique et ne se fige pas dans un ensemble de théories abstraites. C’est aussi ce qui permet à l’étude de la Halakha un renouvellement permanent suivant les cas nouveaux qui se présentent ou que l’on étudie.

Notons que, pour des raisons pratiques, les rabbins ont malgré tout rédigé des codes de lois qui recouvrent plus ou moins l’étendue de la Halakha. Toutefois aucun de ces codes ne doit rendre superflue l’étude des sources et des passages de base.

 

Pour conclure, soulignons que les différents aspects de la Halakha expriment également une caractéristique première de la tradition juive : elle est orale avant d’être écrite. Elle est en premier lieu la transmission d’une conduite vivante, d’un engagement existentiel et ce n’est qu’ensuite qu’elle prend forme littéraire, dans un texte, dans une étude intellectuelle, dans des élaborations abstraites. La Halakha se transmet avant tout au contact de parents et maîtres qui la vivent et l’étude de la Halakha ne fait que détailler, approfondir et enrichir la tradition vivante.

 

Rav Yits’hak Chouraqui

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